La peine à jouir
Extraits du Roman
Jean-Claude Ponçon
Pour la peine à jouir... Rien ne peut empêcher le harcèlement des inquiétudes de dernière minute. Il sagite. Il ne veut pas être dupe de cette fébrilité dadolescent qui lagace, mais comment faire ? Il attend comme lenfant de son sang, comme lamoureux transi, comme la femme de marin son bateau. Il ne sait pas pourquoi ! Son attachement à ce petit bout de femme reste confus, inexplicable et violent. Les autres gens entrent, sassoient, parlent et boivent, puis sen vont. Ils rompent un moment sa solitude mais nouvrent pas comme elle toutes grandes les fenêtres de la maison, ils ne savent pas la mettre en courant dair ! Virginie la femme de ménage vient tous les jours, elle raconte les potins du pays et Jules le jardinier des histoires de plantations et de semis. Ils meublent le quotidien, Marie apporte lexceptionnel Un quart dheure avant lheure il la croit déjà en retard, la peur de lempêchement imprévu, idiot, le poursuit. Tout est attente maintenant, une attente incertaine, il se demande même parfois si ses promenades quotidiennes ne camouflent pas une autre façon dattendre Marie, il sinsurge contre cette réflexion qui fait injure aux visites quil fait à François qui lattend lui aussi sous la pierre blanche |
Pour le
drame
Tout devint nuageux, ils mont
drogué, ils mont fait prendre mon pied, jai cru au paradis, jy suis
retourné
Tu connais la suite
Je savais quils voulaient me
démolir : objectif épave, jai même fait des dettes là-bas. Si tu savais ce
quon peut accepter quand on est pris là-dedans, pourtant on y retourne
Dix
fois jai voulu tappeler au secours mais jai eu peur, jai eu honte. - Mais pourquoi ? Pourquoi ? - Réfléchis Louis, si tu savais dire un mot de tendresse, un geste, un rien qui fait plaisir, jaurais eu plus de volonté Mais toi, il ny a que les champs qui comptent. Jai le droit de vivre moi aussi, toi tu faisais lamour avec ta factrice, et moi ? Qui est-ce qui me donnait du plaisir à moi ? Eux savaient ! Des professionnels dans leur genre. Quand je tai donné la moitié de mes terres, je croyais que tu me donnerais la moitié de toi, mais tu las donné aux champs ! |
| Pour
lexpliquer... On le réforma à cause de son bras atrophié
Le fermier laissa encore un moment le silence sinstaller, puis il reprit : - Tout arrive à cause de mon bras, à lécole jétais condamné à être copain avec les plus faibles ou à faire allégeance à un « grand » qui se prenait pour Dieu le père. On men a voulu dans le pays de ne pas partir comme les autres en Algérie Les filles me regardaient de travers et ma mère me couvait à cause de ma faiblesse. Elle voulait choisir mes vestes, mes pantalons, toujours plus beau, plus élégant que les autres. Jy ai pris goût, de ça aussi on men a voulu. Jai eu juste un seul copain, un parisien accouru par ici. Il voulait faire du cinéma. Les autres se moquaient de lui aussi. On ne se quittait pas, il était beau, il me racontait les films. Quand il est reparti jai cru que le monde se vidait |
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| Pour
lamitié...Zoom ! Images
désordonnées quun pas surprend et que lautre efface, petits bonheurs
oubliés, cicatrices aux mystérieux dessins. Zoom ! Ce mot vient de jaillir dans sa tête il ne sait pas pourquoi. Il pense que cest à cause de François Avant de mourir il sacheta un caméscope avec un zoom. Peut-être la camarde lui avait-elle soufflé de faire sa valise et comme cela arrive souvent, il reprit goût et force aux choses de la vie, il sacharna à prendre la pose. Il voulait, sans le dire, laisser sa trace, continuer à vivre par écran interposé. Pendant des jours, des semaines, il enregistra le pays, la maison, les champs, la ferme Il fit lacteur assis dans un fauteuil, le journal ouvert devant lui, la cigarette au bec, comme au cinéma ! Pour la première fois depuis plus de trente ans, il sinstalla au volant du tracteur après avoir enfilé un bleu de travail encore empesé. Il dit à Louis : Zoom ! Il éprouvait ensuite à se regarder, une joie enfantine. Il riait de ses poses, sadmirait, sapplaudissait. Louis trouva ridicule cette exubérance de vieux, mais il savait quel mal grignotait son compagnon. Avant quon lenferme sous la pierre, il déposa les cassettes sur son cercueil. Il pensait que son compagnon serait heureux de son geste et que la magie de lau-delà lui rendrait vivantes les images de ses films |
Pour la fatalité... - Pourquoi ne vendez-vous
pas votre ferme ? |
![]() La peine à jouir L-C-R édition 17 Commander |
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