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Pénétrer dans l'univers d'un peintre tel
qu'Alain Ponçon est une aventure passionnante.
L'homme a le regard clair - frappé des fulgurations de l'espace et paradoxalement
peut-être - d'une persistante acuité.
Et voici déjà l'un des aspects essentiels de son oeuvre. Mais tout n'est pas si simple
que pourrait le laisser entendre notre propos. Il faut compter avec l'Angoisse. Car il
n'existe pas de vraie peinture sans l'intense angoisse de son créateur.
Plus que tout autre, peut-être, Alain Ponçon connaît le prix et le poids des questions
qu'il se pose. S'il lui arrive de céder à de fugitifs enthousiasmes, plus souvent il se
déchire et parfois se renie. Un brasier intérieur le dévore.
Un doute le mine. Et c'est au seuil du désespoir qu'il retrouve brusquement audace et
vigueur.
/...
Constante obsession de se libérer d'un être à vif capable de se remettre
perpétuellement en cause.
Tout homme conscient du miracle de sa propre existence se pose des questions : lui, depuis
que ses mains sont entrées en contact avec un pinceau et des couleurs ( cela doit
remonter à son enfance !) se cherche à travers des centaines de visages - visages qui ne
sont parfois que des regards - ou - au contraire visages d'absence aux yeux déserts mais
aux traits quasi-palpables, visages harmonieux ou visages meurtris, comme déracinés de
figurines vouées à Satan, saignant des épingles de la sorcellerie... en opposition
miraculeuse avec des visages de poupées aux yeux candides aux joues d'une délicieuse
fraîcheur.
/...
Il pourrait paraître étrange qu'Alain Ponçon, dans sa marche solitaire à travers la
couleur et la plastique ait - contrairement à la plupart des peintres longtemps renoncé
au paysage.
Nous croyons pouvoir répondre à cette énigme.
Le paysage, pour lui, n'est pas un élément stable : une unité tranquille. On ne s'y
repose pas, on n'y trouve pas l'apaisement - l'émerveillement non plus.
La sérénité ne s'y manifeste que comme un accident fortuit - détail qui le magnifie -
Alain Ponçon traite un arbre comme un personnage enraciné - non dans le sol - mais dans
sa chair - vivant comme lui d'angoisse et d'espérance - de mystère -
Telle masure abandonnée au milieu des blés a le coeur serré. Telle autre au centre du
hameau parmi les façades hallucinées tente de cacher sous son toit le poids du
repentir.
/...
Son paysage n'est pas simplement une transposition personnelle de la nature, c'est une
création intégrale.
Qu'ajouter ? au demeurant, sur ce caractère aussi poignant qu'étrange, aussi proche
qu'inaccessible.
On ne classe pas la peinture d'Alain Ponçon dans le cadre d'une école.
Sa démarche s'accomplit en des heurts successifs mais avec une indéniable continuité
mentale, hors des voies tracées par les traditions et les modes.
/...
Il est capable de graphisme le plus rigoureux comme du plus anarchique, ses encres de
chine en témoignent.
Il aime le noir autant que la couleur : il les associe comme il les oppose.
Il érige des pans de ténèbre pour les éclabousser d'étoiles.
Il promène sur des voies sidérales des créatures embryonnaires potentiellement
chargées d'humour.
Il campe sur l'ondoiement des blés des épouvantails témoins de la détresse ou de la
dérision des hommes.
En contrepartie, il anime de farandoles étourdissantes des bosquets d'enfance.
Sa liberté paraît sans borne...
Et pourtant, il saigne.../...
Lucien Laborde (extraits d'un texte
écrit en Janvier 1989)
Lucien Laborde sur Peinture et Poésie
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