Les Nouveaux Ruraux  (2007) - Extrait

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Le quotidien, ce bouillon de culture dans lequel nous baignons tous, vient en une cinquantaine d’années, deux générations, de subir un bouleversement si rapide que le temps semble distendu et que nous pourrions croire, à l’observer, que des siècles et des siècles se sont écoulés pour provoquer cette métamorphose.

La banalité de ce quotidien nous le rend simple alors qu’il est fait de l’interpénétration de tous les éléments de changement qui marquèrent l’après Deuxième Guerre mondiale.

Les banalités qui composent notre quotidien nous le rendent invisible ; pourtant, il se fabrique des bouleversements si violents depuis cinquante ans qu’une génération après l’autre reconnaît difficilement le mode de vie des précédentes qui, elles-mêmes, se retrouvent assez mal au présent.

C’est donc la rapidité avec laquelle nos habitudes ont éclaté qui caractérise les cinquante dernières années mais pas seulement, c’est aussi la multiplicité des révolutions.
Certes, d’autres périodes furent des périodes de changement ; la seconde moitié du XIXe siècle comporte quelques analogies avec la période actuelle mais les bouleversements qui la concernent sont citadins : l’eau, le gaz, l’éclairage changent la vie dans les villes. Les campagnes évoluent beaucoup plus lentement, un décalage se produit, on pourrait même penser, à y regarder de près, à un décalage temporel, on ne vit pas à la même époque à la campagne qu’en ville ! Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que la province fait sa révolution pour produire des campagnes au jusant du monde urbain, dont le mode de vie est presque identique, si ce n’est à celui des cœurs de ville, du moins à celui des banlieues ; de là à dire que la campagne est devenue une grande banlieue, il n’y a qu’un pas que nous laisserons nos lecteurs franchir ou non.

Nous n’avons pas la prétention de dresser un tableau exhaustif de tous les changements qui se sont opérés depuis une cinquantaine d’années ; ils sont si nombreux, quelquefois si ténus et si individuels, qu’il nous semble impossible de ne pas en oublier un qui se cache derrière l’autre. Nous n’avons pas non plus la prétention de déterminer la cause de ces changements, de philosopher sur leurs conséquences ; cela devrait faire l’objet d’un second ouvrage si le courage de le faire nous prend, et si le marché offert à notre éditeur lui permet de nous renouveler sa confiance !

De la grenouille à la météo satellitaire, de la plume Sergent-major à l’ordinateur, il y a de quoi vous « donner le tournis » comme on dit chez nous. Le fourmillement du changement est tel qu’il nous paraît difficile de le hiérarchiser aussi bien que d’éviter qu’un thème ne déborde sur l’autre. Par exemple, en 2003 la subjectivité des années 1960 n’a pas disparu, elle navigue sur d’autres vagues, la publicité, les phénomènes des modes, les tendances, le culte des idoles, tous générateurs de rêves qui profitent le plus souvent aux grandes marques. Difficile de s’y reconnaître, de s’adapter en permanence, de distinguer les axes du futur dans cet échangeur de la novation dans lequel nous baignons depuis une cinquantaine d’années quand nos villages tiennent de nos jours en même temps de la plus moderne technologie, des modes les plus « tendance » et d’un archaïsme transmis par des millénaires d’habitudes.

Prenons l’exemple de l’eau, autrefois gratuite, celle de la pluie, celle du puits, celle de la mare ou de l’étang, mais aussi celles des rêves et des fantasmes, celle du baptême, du bain rituel et des étreintes aquatiques, et de nos jours facturée au robinet, embouteillée, empaquetée, photographiée, filmée pour un support publicitaire : le voyage,  l’eau et la femme, l’eau et le parfum, l’eau et la santé.

Un univers de production industrielle de H2O auquel s’ajoute un monde de produits, de communication, de marketing, qui en fait un « produit coûteux » livré, avec ou sans emballage cadeau, mais sur lequel on tire la chasse avec indifférence.


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